La rue de l’Eglise

 

C’était le cœur du village avec l’église, bien sûr, mais aussi la première mairie, le presbytère, la première école des filles, des fermes et des cafés !

La rue du Vieux château actuelle qui est l’ancienne route de Paris à Clermont coupait notre rue de l’Eglise et continuait jusqu’au rond-point du Marronnier ; le début de l’actuelle rue de la Tenure en conserve le tracé qui se continue avec la quatorzième avenue.

Jusqu’à la Révolution, la rue de l’Eglise s’appelait rue Godefroy à l’ouest de l’église et rue de la Tournelle à l’est.

Au 12è siècle, tournelle signifiait tourelle : une petite tour existait sur le mur du château, à l’angle de la rue Michel Bléré et de la rue de l’Eglise. Cette rue de la Tournelle continuait dans le prolongement de la rue Michel Bléré vers le sud jusqu’à la Thève.

Sur le plan de 1649, on voit cette petite tour d’angle ; on peut aussi repérer le cimetière à côté de l’église qui, à cette époque, n’a qu’un clocher : le grand clocher porche ne sera ajouté qu’en 1903.

Dans « Lamorlaye, ses rues, ses places » Jacques Rimbert cite deux textes :

« En 1682, les héritiers de Jean et François Offroy, propriétaires d’une maison […] en la grand’rue, autrement dit la Tournelle […] »

Dans la seconde citation, Martin Tardif déclare en 1686 : « Une maison sise rue Godefroy qui conduit au lieu tenant d’un côté à Pierre Vattier, d’un autre côté à la maison du presbytère »

On retrouve ces noms sur la carte de 1649 : dans la partie de gauche, Tardif sur le côté sud et en face, Vattier et le « prébistaire » ; associés à une grande maison, là où se trouve aujourd’hui la Résidence Claire dans la rue Michel Bléré, deux fois le nom Offroy qu’on retrouve aussi à côté de Vattier : certainement des notables de l’époque.

En 1806 à M. Séroux de Bienville, propriétaire du château achète à la commune la partie de la rue de la Tournelle qui allait vers la Thève.(note 1)

En 1830, la partie restante de la Rue de la Tournelle et la rue Godefroy deviennent rue des Juifs.(note 2)

Depuis la Révolution, la commune de Lamorlaye a remplacé l’ancienne seigneurie et le Conseil municipal se réunit dans l’église. Mais en 1845, la municipalité achète une maison qui avait été léguée par l’abbé Bulot à une dame Saunier ; et en 1848, cette maison accueillera la mairie, l’école de garçons (note 3), le logement de l’instituteur et même la prison, avant transfert des détenus vers Senlis,  et la morgue !

Attenant à cette maison qui fut la première mairie de Lamorlaye, une très ancienne maison : le  presbytère ; l’abbé Gallet a fait construire sur l’arrière une très grande salle paroissiale. (note 4)

En 1871, on construit une école pour les filles sur une partie du jardin du presbytère à l’emplacement de l’ancien cimetière désaffecté depuis 1821. Ce terrain a été donné à la commune par l’abbé Clavel, curé de Lamorlaye. C’est une donation du comte Komar qui  servira à sa construction.

Le 4 août 1895, le Conseil municipal décide de changer le nom de la rue en rue de la Mairie. Elle devient rue de l’Eglise en 1953 quand la mairie est transférée rue du Général Leclerc.(note 5)

Beaucoup de maisons ont encore des façades très élégantes avec des décors sculptés autour des fenêtres.

Deux très vieilles maisons, déjà représentées sur le plan de 1649, font face à l’église au début de la rue du Vieux château. Coté impair la maison appartient à un propriétaire privé et n’a pas changé ! Côté par, la maison appartient à la ville ; au 17ème siècle elle formait un grand quadrilatère autour d’une cour intérieure. Aujourd’hui, ne subsistent, en bien mauvais état, que les bâtiments le long de la rue du Vieux Château. En dépit de sa dégradation, cette maison, sans doute parmi les plus anciennes de Lamorlaye, mérite qu’on la restaure.

Dans la rue, il y avait au moins deux cafés : à l’angle de la rue Jean Biondi, au N°1 de la rue de l’Eglise, un café « Roussillon anciennement V. Caillotin » et en face de l’église, le N°12a gardé la devanture du café-épicerie Garnotel puis Baldisseri.

Il y avait au moins deux fermes : au N°8, face à l’ancienne mairie, celle de M. Boursin, maraîcher et au N°2, celle de M. Marshal qui élevait aussi des vaches. Il y a eu aussi un grainetier.

Au début de la rue, en face de l’actuelle rue Jean Biondi, un abreuvoir avait été construit à la fin du 18ème siècle  par le propriétaire du château (note 6). Le 30 octobre 1911, le Conseil municipal se saisit d’un problème concernant cet abreuvoir et M. Caillotin (note 7):

« M. Caillotin, marchand de bois, s’est cru en droit de clôturer en partie par un treillage en fils de fer, l’abreuvoir situé au coin de la rue de la Mairie et de la Cannerie, que ce treillage se trouvant à un endroit élévé d’environ 0m50 du niveau de l’eau peut occasionner des accidents aux animaux (chevaux et vaches) qui vont s’y abreuver ; qu’ensuite M. Caillotin a cru devoir faire poser une porte munie d’une serrure au patit réservoir ce qui semble supposer qu’il aurait l’intention de la fermer à clef. Le Conseil après un examen approfondi décide d’exiger l’enlèvement de la partie du treillage situé au dessus de l’eau at le libre accès nuit et jour au réservoir ; […] »

NOTES

(1) Une délibération du 7 février 1806 autorise le Conseil municipal à vendre  « la vieille voyrie appelée la Tournelle absolument inutile depuis la Breuvoir du ruisseau Saint Martin jusqu’à la vieille Thève après laquelle il n’a point de continuation »- archives municipales –1D3

(2) En général ce nom est donné à une rue où une communauté juive était établie ; rien n’explique ce changement de nom en 1830 à Lamorlaye – Jacques Rimbert -Lamorlaye, ses rues, ses places - page 101

(3) Elle accueillera aussi les filles, avant la construction de l’école des filles…

(4) L’église Saint Nicolas et le patronage Saint Louis

(5) A cette date, la commune achète l’écurie Bartholomew avec sa maison de maître pour y installer l’Hôtel de ville. Depuis 1930, on avait construit dans l’avenue Joffre les écoles Alphonse Daudet pour les garçons puis Anatole France pour les filles.

(6) Le château et ses différents propriétaires

(7) Le même Victor Caillotin  qui tenait le café en face de l’abreuvoir et … était conseiller municipal.